Q) Que pensez-vous de la controverse alimentée par les traditionnalistes contre ceux qui dansent dans le style Tango Nuevo (ou quel que soit l'appellation) et qui jouent de la musique électro-tango ?
En ce qui nous concerne, nous pensons qu’il n’existe pas de tango nuevo sans le tango qui a précédé. C’est l’évolution de la technique et des mouvements. Grâce à ça, nous pouvons apprendre plus rapidement qu’avant et les mouvements d’aujourd’hui produisent plus d’effet. Les anciens faisaient beaucoup de choses et je pense qu’ils sont à la source de l’inspiration qui produit les nouvelles idées dans le Tango aujourd’hui. Si on prend la peine de regarder les videos de Pepito Avellaneda, il faisait des soltadas, des tours, des ganchos, etc. Celui qui critique le nouveau tango ne sait pas en fait de quoi il parle vraiment en profondeur.
Q) A votre avis, le rôle de la femme dans le Tango est il passif ou bien plus que cela ?
D’abord les femmes doivent apprendre à se laisser guider, tout comme les hommes doivent apprendre à guider correctement. Il ne faut surtout pas sauter cette étape, se laisser guider n’est pas un rôle passif, c’est tout à fait actif ; les femmes doivent donner toute leur puissance aux mouvements. Elle peuvent également lorsque cela est possible, participer d’une autre manière, en faisant par exemple des fioritures, ... pour cela, il faut qu’elles écoutent bien la musique et qu’elles soient attentives à ce que l’homme font et les hommes doivent être prédisposés à accepter la participation des femmes. L’important c’est que ni les hommes, ni les femmes ne dansent seuls.
Q) Certaines personnes pensent que les milongas à Buenos Aires sont envahies par les étrangers et que par conséquent, elles perdent lentement ce qui faisait d'elles des endroits spéciaux. Avez-vous noté ce phénomène et quel est, en tant que danseurs professionnels, votre avis sur la question. Pensez-vous que les étrangers sont une bonne chose ou une mauvaise chose pour les milongas à Buenos Aires ?
La milonga à Buenos Aires, c’est un endroit special de par les codes qu’elle impose et de par la variété des gens que l’on y rencontre, jeunes et vieux. Il y a des périodes plus touristiques pendant lesquelles il y a beaucoup d’étrangers, certains dansent très bien et d’autres font leur apprentissage ou sont habitués à danser avec beaucoup plus d’espace. Ils arrivent à Buenos Aires et se rendent dans les milongas sans connaître ni les codes ni la façon de danser dans des espaces restreints. Alors ils bousculent et ils percutent les autres couples, mais cela arrive aussi aux Argentins qui apprennent. Que de plus en plus de gens souhaitent danser le Tango, c’est bon pour le Tango, et pour les milongas, que ce soit des argentins ou des étrangers n’a aucune importance, car si personne ne vient dans les milongas, il n’y a plus de milongas.
Aujourd’hui, les gens disposent de pratiques de Tango très utiles pour les gens qui souhaitent s’entraîner et pratiquer. Ce sont de bons endroits où aller avant de se rendre à la milonga, et transmettre les codes de la milonga aux élèves, c’est la responsabilité des professeurs. Ils doivent le faire pour que leurs élèves ne souffrent pas au moment d’aller danser à la milonga
Q) Pensez-vous que laisser les élèves filmer dans les cours les aide à progresser plus rapidement ? (voir sondage sur le sujet, en cliquant ici)
Filmer, c’est bien pour pouvoir revoir et répéter après le cours. C’est idéal pour les personnes qui ne peuvent pas suivre régulièrement des cours, c’est une façon d’apprendre plus, mais rien ne vaut le fait de suivre un cours directement avec un professeur.
Q) Certaines personnes à Paris se plaisent à penser que faire un boleo arrière, c'est inné pour les femmes et que par conséquent elles n'ont pas besoin d'apprendre à les faire. Quelle est votre avis en la matière ? (voir sondage sur le sujet, en cliquant ici)
Le boleo, c’est un mouvement naturel de la jambe ... qu’il faut apprendre à faire de façon effective et esthétique. Quand les femmes apprennent à faire un boleo, elles le font de façon rigide, généralement parce qu’elles se concentrent d’abord sur le fait de joindre les pieds, et qu’elles mettent donc beaucoup de tension au niveau des chevilles. Apprendre à relâcher les jambes et ne pas mettre de force est une chose très difficile à apprendre. C’est important pour les boleos mais également dans tous les mouvements du Tango.
Q) Quelle est votre milonga favorite à Buenos Aires ?
Nous aimons beaucoup aller à la Viruta pour l’ambiance relax, on peut y pratiquer et danser de façon tout à fait libre, mais nous aimons aussi aller dans d’autres milongas comme El Beso, Canning, ou Gricel. En effet, nous aimons beaucoup regarder danser les anciens.
Q) Quel est votre meilleur souvenir lié au Tango ?
Alejandro: Avoir vu danser Gustavo Naveira sur Carlos Di Sarli dans un match d’improvisation à la milonga El Sótano il y a quelques années. Marisol: Je suis de Rosario, et quand je suis venue pour la première fois à Buenos Aires, je suis allée danser à la Viruta. Voir tant de gens danser aussi bien m’a beaucoup surprise, et j’ai alors décidé que si je voulais me dédier au tango, il fallait que je vienne vivre à Buenos Aires.
Q) Quel est votre plus mauvais souvenir lié au Tango ?
Pour le moment nous n’en avons pas encore.
Q) Que conseilleriez-vous aux élèves qui veulent vraiment progresser ?
Qu’ils n’arrêtent jamais de pratiquer car tout viendra des efforts qu’ils consentiront à faire. Qu’ils regardent beaucoup les gens danser et qu’ils écoutent beaucoup de Tango
QUIZZ RAPIDE
Gustavo Naveira ou Chicho ?
Nous aimons autant Gustavo que Chicho, ce sont nos maestros préférés
Performance sur scène ou dans une Milonga ?
Nous préférons dans une milonga
Narcotango or Tanghetto ?
Les deux, et de nombreux morceaux
Piazzolla ou pas Piazzolla ?
Nous aimons beaucoup Piazzolla |