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Pablo VERON, le remarquable danseur du film « La leçon de Tango », qui récolte des éloges sur toutes les scènes d’Europe où il se produit, nous parle de l’évolution des styles et de sa propre expérience.
Derrière des lunettes noires qui masquent une bonne partie de son visage, habillé de façon très personnelle, les doigts ornés d’énormes bagues avant gardistes, Pablo Veron apparaît comme un personnage quelque peu excentrique dans le modeste café du quartier de la Chacarita où nous l’interviewons. Et si l’on y réfléchit un peu, sa carrière dans le Tango est également un peu à part, hors des sentiers battus usuellement empruntés par les danseurs professionnels de sa génération. Pablo VERON a étudié la danse classique, le jazz et la danse contemporaine bien avant de découvrir le Tango, et quand il a commencé avec le Tango, il a choisi de le faire en s’en remettant aux professeurs de la plus pure tradition milonguera. Les autres techniques de danse n’ont pas pour autant disparues, et le résultat a été l’émergence de son style personnel dans l'interprétation , que l’on a pu voir dans le film « La leçon de Tango » mis en scène et joué par Sally Potter.
Du danseur au professeur : Pablo Veron vit en Europe depuis 15 ans et il voyage constamment dans le monde entier pour y enseigner un Tango qu’il qualifie de très simple, et qui a évolué à partir de son expérience.
Ton enseignement a-t-il changé avec les années ?
Quand on enseigne, on apprend également, et apprendre ça te fait changer. Si tu veux bien faire ton travail, il faut que tu te remettes en cause, que tu changes et que tu avances. Ce sont des conditions nécessaires pour être un bon professeur. Mais en plus, il n’y a pas qu’une seule façon d’enseigner, pas plus qu’il n’existe un seul Tango. De toute façon, le Tango est encore tellement inexploré dans les possibilités qu’il offre, qu’il échappe à des définitions absolues.
Dans quel sens le sens tu inexploré ?
Le Tango peut encore être le véhicule de beaucoup de choses. Je parle ici principalement de la chorégraphie. C’est une forme d’expression qui te permet de changer le Tango, sans en altérer son essence. Il a des racines extrêmement profondes qui viennent de ses origines, mais en même temps il offre une possibilité d’expression très flexible et malléable.
Y a-t-il un style ou une forme dans lequel tu te sens le plus proche ?
Je pense d’abord qu’il n’est pas bon de s’enfermer soi-même dans quelque chose. Il est important, pour ceux qui souhaitent danser aujourd’hui, d’observer les gens qui dansent depuis 50 ans. Je veux dire de les observer d’un point de vue esthétique, en essayant de comprendre ce que ces gens disent quand ils dansent. Ma façon de danser est très différente de la façon de danser des jeunes d'aujourd’hui parce que j’ai vu, personnellement, et cela depuis mon plus jeune âge, ces vieux danseurs. Mais j’ai également étudié la danse contemporaine, les claquettes, le jazz et tout cela fait partie de moi également.
Que penses-tu de la danse associée au Tango électronique ?
Le tango électronique peut tout aussi bien être très froid et très mécanique que porter des émotions fantastiques et authentiques. Cela dépend de qui le fait, parce qu’un type peut produire une musique électronique sans connaître du tout la musique. Mais il y a aussi des musiciens venant du milieu acoustique, qui utilisent les machines comme des outils et sans but commercial. Je pense que ce qu’il y a de mieux avec le Tango électronique, c’est qu’il contribue largement à rendre le Tango populaire. Les Tangos qui sont habituellement diffusés dans les milongas ont un son venant d’un autre temps, ils sonnent « vieux ».
Et la musique des orchestres des années 40, tu l’écoutes comme de la vieille musique ?
Elle est vieille. Je l’aime mais c’est de la vieille musique. D’une façon certaine elle est éternelle, mais elle n’a pas la même vigueur qu’elle avait pendant l’âge d’or du Tango. On ne peut pas lui donner la sonorité qu’elle aurait si elle avait été composée aujourd’hui. La position la moins retrograde consisterait à aimer cette musique et la cultiver, tout en recherchant un son moderne. Je ne renie rien ; l’Art c’est beaucoup plus complexe que de simplement affirmer que ceci est vrai et cela est faux.
Quand tu évoques un son moderne, est-ce parce que tu penses que c’est une bonne façon d’attirer les jeunes vers le Tango ? N’est-ce pas une croisade à l’issue incertaine ?
Si l’objectif, derrière, est seulement commercial, alors ça ne sert à rien. Mais si ce que l’on recherche, c’est la continuité à travers les jeunes, alors là c’est valable. Parce qu’en vérité, si les jeunes ne s’intéressent pas au Tango, le Tango mourra.
Parmi tous les spectacles auquels tu as participé en tant que chorégraphe ou interprète, y en a-t-il eu qui ont suivi le schema traditionnel du spectacle de variétés ou de flashback historique ?
A l’exception de « Tango Argentino » (note : il se réfère à la reprise du très célèbre spectacle de Segovia et Orezzolli à Broadway en 1999), je n’ai jamais participé à un spectacle de type traditionnel. Les spectacles basés sur une succession de performances dansées ne m’intéressent pas, les spectacles de type revue ne m’intéressent pas. En général, les spectacles les plus populaires se présentent comme défendant la tradition alors que ce qu’ils défendent surtout c’est leur porte-monnaie. Ils ne cherchent même pas à refléter la nature du Tango de façon honnête et véritable. Ils s’enduisent le crâne de gomina et ils pensent que de cette façon ils font parler la tradition. Mais tout ça, au fond, c’est très médiocre, c’est utiliser l’image du tango pour faire quelque chose d’illégitime.
Inclues-tu Miguel Zotto dans ta critique ?
Non, pas lui. Je parle de tous les autres.
Alors quels sont tes centres d’intérêts, en tant que chorégraphe et danseur ?
Je fais ce que l’on me propose quand je trouve cela intéressant et si cela vient de gens que je considère comme des artistes. Toujours d’un point de vue de l’expérimentation. Mes inventions viennent d' interrogations que j'ai toujours eues comme danseur. J’aime la tradition parce que j’ai appris à la respecter, je n’ai pas besoin de faire un effort pour cela. Et à partir de là, j'harmonise.
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