INTERVIEW DE PABLO TEGLI (Part I)
par Bernadette GUILLOT - Mephisto Tango! (2008)

 

1°) Comment as-tu rencontré le Tango ? Quel est ton parcours initiatique ?

J’ai toujours, depuis mon plus jeune âge, écouté du Tango.

Mon grand-père était un passionné de Tango, il allait voir chanter Carlos Gardel qui le faisait passer par l’entrée des artistes….Il ne dansait pas, mais il était tellement passionné qu’il avait plein de disques vinyles de Tango chez lui. Il y a une photo dans ma famille où l’on voit mon grand-père âgé de 17 ans, bien gominé, debout à côté de Gardel. Cette photo a disparu aujourd’hui car elle est passée dans trop de mains…. Mon grand-père était un vrai Tanguero, c'est-à-dire qu’il écoutait du Tango, mais il ne dansait pas. Il était chef de gare, et son métier était d’inspecter les nouvelles voies ferrées en Argentine. Parfois un train le laissait au milieu de la pampa dans son wagon-lit et il passait là quelques jours en attendant le prochain train qui le conduirait ailleurs pour ses inspections. Il écrivait de très belles lettres à ma mère de ses voyages…J’avais beaucoup d’admiration pour mon grand-père.

Ma mère écoutait le Tango à la radio, mais elle ne dansait pas non plus.

Quand j’ai eu 18 ans, j’ai connu la danse par Cristina, la prof d’éclairage du photo club de Buenos-Aires dans lequel je faisais des études de photographie. C’est elle qui m’amena au Tango et je me suis laissé faire car j’étais attiré par elle ! Hélas ça n’a pas duré longtemps (2 mois) car le prof qui donnait les cours de Tango est parti vivre à l’étranger et je n’ai pas eu envie de continuer ailleurs. Et j’ai oublié son nom….
Plus tard, à 22 ans, je suis parti voir le monde avec mon appareil photo, un walkman et deux cassettes de Tango que m’avait offert ma mère pour le voyage ; c’était Pedro Laurenz et Anibal Troilo que j’écoutais en traversant la Place Rouge à Moscou…


2°) Quels ont été tes maîtres ? Que t’ont-ils apporté ? Comment s’est passé ton apprentissage ?

Je ne peux pas vraiment dire que j’ai eu des maîtres ; je me suis formé au fil des rencontres. Je voyageais déjà en Europe quand je me suis intéressé réellement au Tango : au début à Londres, ensuite à Bruxelles où j’ai fait la connaissance de Vincent Morelle qui m’a ouvert les portes d’un Tango plein d’expression, libre, et nous formions un véritable groupe d’amis. A Paris, j’étais très inspiré par un groupe de danseurs passionnés : Jean-Sebastien Rampazzi, Chistophe Elbaz et Judith entre autres. Ils m’invitaient dans des practicas et j’étais étonné de les voir danser. Le soir on allait dans les milongas, il y avait un très bon niveau, on voyait Pablo Veron se glisser sur la piste et dans nos têtes.

J ai ete tres fortement inspire par Pablo Veron (je le suis toujours). je fait un voyage a buenos aires ou je reste 8 mois, et la j ai pu travailler avec GUstavo naveira et fabian salas,j allais dans les milongas et  je regardais beaucoup les vieux danseurs; pendant ces temps je dirigé une practique a la Galeria del Tango avec Eugenia Parrilla et Carla Marano, ensemble on faisait aussi parti du groupe Tango Discovery, dirigé par Mauricio castro, c etait un tango plutot vanguardiste, et j'ai aimé cette fusion de styles

J ai connu Chicho en 98 quand il etait arrivé a Paris, il avait aporté une vision tres personelle et artistique du tango, une envie de aller toujours un peut plus loin, ja beaucoup appris en regadant Chicho danser et il donnait beaucoup. Pour moi, c’est à ce moment précis que débutait le renouveau. Chicho a changé la vision globale du Tango, il est véritablement le précurseur, tandis que Gustavo Naveira est plutôt l’initiateur. Gustavo a entrouvert la porte, Chicho l’a ouverte en grand.

 

3°) Y a-t-il eu un événement qui a fait que tu as pris la décision de passer  professionnel en Tango argentin ?

D’abord il y eu à Londres en 1997 un spectacle avec Gabriel Angio et Natalia Games, et ce sont eux les premiers, qui m’ont donné envie de devenir un danseur de Tango professionnel.
Et puis c’était une suite logique, et aussi une façon de pouvoir m’installer en Europe. En 2002, j’ai été invité avec Victoria Vieyra à danser à l’Olympia avec Gotan Project, et c’est à ce moment que j’ai commencé à danser professionnellement. J’ai connu Victoria Vieyra quand elle dansait avec Pablo Veron, à la Nuit de la Passion à Gand.


4°) Te reconnais-tu plutôt dans un style de Tango quand tu danses, ou bien peux-tu danser tous les styles, sans préférence aucune ?

Un jour que je dansais dans une milonga à Buenos-Aires, un vieux milonguero s’est approché de moi et m’a dit que, dans ma façon de bouger, je lui rappelais énormément un ancien danseur disparu. J’ai été honoré ! J’ai eu la même remarque une autre fois. Même si je faisais plutôt un Tango moderne je pouvais avoir une certaine façon de me tenir, d’être au sol et de marcher qui correspondait à une essence du Tango, un style global du Tango et c’est ça que je cherche dans mon Tango.


5°) Tu préfères danser en démonstration, en improvisé ou en chorégraphie ?

J aime autant l'un et l'autre, deux façons differents de pousser a l'extrême cette danse, la vision artistique, la recherche de mouvements et de fussions qu'on peut apporter dans une chorégraphie est sans limits et toujours inexplorée en quelque sort. L'improvisation demande beaucoup de maîtrisse et de relâchement en même temps, trouver une calme interne total, on laisse le corps réinventer les paroles


6°) Considères-tu que le « tango Nuevo » n’existe pas, comme certains le disent ?

Il doit y avoir du renouveau pour que le Tango continue, et c’est ce qui arrive en ce moment : on vit une vraie transformation du Tango au niveau de la technique, des mouvements, de la pédagogie. Au niveau culturel, le Tango fait de plus en plus d’adeptes dans le monde. Le Tango doit évoluer pour rester en vie, et le terme « Nuevo » me fait penser à tout cela. C’est aux jeunes de bâtir un Tango « nuevo » toujours attaché à ses racines, chacun doit essayer de construire son propre Tango.


7°) Si ce style existe, qu’est ce qui en fait ses caractéristiques propres, d’après toi ?

Je dirais que globalement on prend les bases, l’histoire, la culture léguée par les anciens de notre danse populaire, et on le rebâtit dans une vision actuelle, c’est tout !

le Tango électronique par exemple a fait découvrir le Tango à un public très large. Regardez : le succès de  Gotan Project a inspiré d’autres groupes, et dans la danse le cas de Chicho  est une étape majeure dans la vision globale du Tango.


8°) Comment vois-tu évoluer le Tango argentin ces dernières années en France et plus particulièrement à Paris ?

Le Tango a beaucoup grandi depuis mon arrivée en France, on voit que le nombre des associations augmente, on voit de plus en plus d’orchestres, de Festivals, de nouveaux profs pour assurer des cours réguliers. Aujourd’hui, pratiquement chaque département français - et même en Guadeloupe -  a son groupe d’amateurs fervents. Je me souviens il y a 5 ans, il y avait des gens pour me dire que le Tango en tant que mode ne durerait pas longtemps. Ce n’était pas de bons visionnaires !
Ces derniers temps il y a eu une revalorisation du Tango en Argentine, et ceci à grande échelle. Pour moi qui ai toujours dansé à Paris, je me dis qu’il y a une sorte de relève à Buenos-Aires, mais c’est un sentiment personnel. Paris est toujours au centre du Tango en Europe, un siècle d’histoire relie Paris à Buenos-Aires : chanteurs, danseurs, musiciens, artistes, poètes et écrivains argentins ont vécu et puisé leur inspiration à Paris. Paris reste une ville pour voir danser de très bons danseurs, et apprendre avec ces mêmes danseurs tous les jours de l’année. Paris continue à être une artère principale dans la mouvance Tango. Même si quelques-uns repartent, d’autres arrivent.


9°) Sur quelles musiques danses-tu le plus volontiers ? Que préfères-tu ?

J'aime Di Sarli, Pugliese, Calo, D'arienzo, Piazzolla aussi, Narcotango et Gotan Project. J’aime les milongas aussi.


10°) Que penses-tu de cette nouvelle tendance musicale : le Tango- électro ?

J’ai connu la Chine grâce au Tango-électro ! Ce fut à Pékin avec Gotan Project. C’était génial d’avoir fait une tournée avec Gotan Project et de voir l’enthousiasme des spectateurs pour cette tendance musicale. Maintenant que j’y pense, mes démonstrations de Tango les plus importantes ont été sur ces musiques des groupes de Tango électro. Bien loin de la photo de Gardel avec mon grand-père ! En fait avec Gotan j’étais très intrigué et absorbé par la voix du bandonéon sur fond de platines.


11°) En ce moment tu cherches une nouvelle partenaire de danse. Pour toi, dans l’idéal, elle est comment cette nouvelle partenaire ?

Je pense qu il n existe pas de partenaire ideale, chaque femme est differente dans leur façon de danser

 

 

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